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Anticor à Asnières : salle comble

100 000 ou 110 000 personnes ont assisté au débat d'Anticor à Asnières sur le thème «Démocratie locale et contre-pouvoir citoyen» ? Non, hier, ce n'était pas un meeting de Nicolas Sarkozy avec des chiffres fantaisistes : la salle de l'ancien Tribunal était tout simplement pleine à craquer, on a manqué de chaises. Une partie du public était debout, certains n'ont pas pu rentrer dans la salle : trop de monde.

À l'entrée, il y avait les hommes de l'Aeschlimanie qui distribuaient à tour de bras une brochure de six pages sur papier luxueux, bien épais et satiné : «Lettre à l'attention de Madame la Présidente de l'association Anticor, votre réunion du 7 février 2007 à Asnières.» La dernière page est signée Charles Caillet, premier maire-adjoint à la communication.

À l'intérieur de la salle, je n'ai pu repérer qu'un gros bras et quatre disciples du système qui ont ânonné quelques questions préparées. L'une était : pourquoi vous n'avez pas invité le maire ? Le maire est un citoyen comme un autre, tous les citoyens étaient invités, donc lui par la même occasion.

Hasard, la brochure luxueuse de la délégation à la communication utilise le même artifice : le maire a pris acte qu'il n'était pas invité. Il lui fallait quoi ? Une escorte ? Un émissaire plénipotentiaire pour demander à sa majesté si elle daignait pointer son auguste orteil dans une salle publique ? Le débat ne s'est pas déroulé de manière unilatérale, comme se victimise la mairie de Manuel Giscard Aeschlimann d'Estaing, mais entre citoyens de toutes tendances politiques.

«Délation citoyenne»

La brochure s'enferre ensuite dans la délation citoyenne (sic) en jetant en pâture les noms d'un paisible citoyen qui édite ses confidentielles Chroniques asniéroises. Au détour de ce «premier exemple», nous apprenons que le maire a une résidence secondaire avec terrain arboré dans le Loir et Cher. Nous apprenons que plusieurs citoyens s'interrogent sur l'origine de la plantation d'arbres. Nous apprenons qu'il y a eu enquête. Mais pas procès ? Ce n'est pas très clair dans l'énoncé.

Toujours dans le cadre de la délation citoyenne (re-sic), la brochure nous apprend que le maire a une résidence secondaire à Ternay, laquelle est équipée d'un système de téléalarme. Nous apprenons que la société CS Com a obtenu un marché public pour Asnières et a installé un système de vidéosurveillance pour la résidence de Manuel Aeschlimann. La brochure nous indique qu'un élu s'en est inquiété et qu'il fait donc l'objet d'une plainte pour dénonciation calomnieuse.

Encore un exemple (il devait n'y en avoir que deux) de délation citoyenne (re-re-sic) qui concerne l'existence supposée de deux emplois fictifs. C'est ainsi que la brochure nous informe qu'un emploi fait l'objet d'une mise à disposition dans le cadre d'une convention avec le syndicat FO. Qui paye ? Vous, selon toute vraisemblance. Et très, très, très cher. L'emploi ne serait pas fictif, mais il ne travaille pas pour les Asniérois. Pouf pouf.

«Un déjeuner convivial»

Il est intarissable, Charles Caillet ! Le voici qui narre dans la luxueuse brochure qu'il signe, un déjeuner auquel il n'a pas assisté. La brochure évoque «un déjeuner convivial» avec le maire et «divers de ses collaborateurs et le président du tribunal administratif de Versailles» : les divers collaborateurs et convives sont Bernard Loth (DGS), Cédric Sirugue, Claire Perset, Madame Aeschlimann. Du gratin, de la crème. Et j'oublie tout un tas de liasses de feuilles de papier machine : convivial...

Ce déjeuner «convivial» avec des gros dossier, avec «Manuel Aeschlimann et son cabinet» (sic), avec le président du TA de Versailles s'est déroulé alors que de nombreux recours sont déposés au tribunal. Certains citoyens s'en sont inquiété, des élus ont écrit au Président de la République. Quoi de plus normal. La brochure nous apprend froidement que le président du TA est décédé en janvier 2007, et insiste sur le fait que «cette harcelante polémique a été un choc violent« pour le juge administratif.

Je n'ai pas envie de commenter ni d'épiloguer sur les sous-entendus et le non-dit. Asnières Infos de février n'évoque pas et ne salue pas la mémoire de ce juge, Asniérois par ailleurs. Un décès touche les proches et les moins proches, ceux qui ont aimé et respecté celui qui vient de partir. Ils ont besoin de réconfort et de compassion. D'oubli, aussi. La présente brochure instrumentalise froidement la mort d'un homme. C'est dégueulasse.

«Dérives sectaires avérées»

Je n'ai jamais vu Manuel Aeschlimann et son équipe alerter les parents d'élèves qu'il existe à Asnières des officines sectaires de soutien scolaire et de cours du soir. Je n'ai jamais vu Manuel Aeschlimann et son équipe résister contre l'implantation de la plus grande salle du royaume en France des témoins de jéhovah.

Miracle, la brochure luxueuse s'attaque à plusieurs habitants d'Asnières qui seraient coupables d'être proches d'une fondation, non qualifiée de secte par la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Quand on veut tuer son chien, on l'accuse de la rage : pourquoi une association de riverains qui conteste des projets d'urbanisme devrait-elle être combattue avec pour seul argument qu'elle serait dans une nébuleuse sectaire non avérée ?

Les gourous, les coaches, les saints, les dieux, ce n'est pas ma tasse de thé. Dieu existe pour celui qui y croit. Dieu merci, je ne me suis jamais posé la question de son existence, pas plus de son inexistence. Mais il existe des sectes à Asnières. Elles ont pignon sur rue. C'est grave. Le système Aeschlimann les combat-il ? La brochure ne répond pas. C'est curieux, n'est-ce pas ?

Judiciarisation de la démocratie locale

La brochure égrène à longueur de pages les procès en diffamation et en dénonciation calomnieuse qu'elle intente aux élus et aux habitants d'Asnières. Elle s'en vante, s'y vautre et s'y complait. C'est un festival folklorique.

La brochure oublie de dire l'essentiel, c'est que Manuel Aeschlimann est mis en examen. Et pas pour des hannetons : pour complicité de favoritisme dans l'attribution d'un marché public.

Ce dégueulis d'un autre temps forme un réquisitoire compact contre les citoyens et les habitants d'Asnières : délation, dénonciation calomnieuse, procès, approximation. Tous dans la nasse. La corruption de la démocratie est constatée : décomposition du dialogue (le maire n'assiste pas au débat), altération de la démocratie (la brochure est un panégyrique du slapping), insinuations dignes des meilleures républiques soviétiques.

«En vrac...»

Manuel Aeschlimann et son équipe se victimisent curieusement : le harcèlement judiciaire (slapping) est une tradition bien implantée dans l'Aeschlimanie dominante. Ouille ! beugle celui qui vient de donner le premier coup. Un classique en politique.

L'affichage administratif sur les candélabres n'est pas scandaleux selon l'opposition, contrairement à ce qu'écrit la brochure : il est tout simplement illégal.

La censure des tribunes de l'opposition a valu la condamnation du directeur de la publication : l'argutie de la brochure ne tient pas. La photographie du maire continue de se pavaner sur les innombrables revues de l'Aeschlimanie. C'est lamentable.

La police sur-armée qui intervient en pleine séance du conseil municipal, la présence d'un huissier de justice, la censure des panneaux d'affichage libre (interdits aux réclames commerciales contrairement à ce qu'écrit Caillet) : voilà encore la corruption de la démocratie locale.

Perle : Caillet est capable de dénombrer 762 blogs sur Asnières (admirez la précision suisse). Tous fichés ? Sur la vingtaine de blogs d'opposition, quatre ou cinq auraient une existence durable, les autres vont être déportés prochainement ? Je n'en connais aucun qui se copient mutuellement. Aucun qui furent créés spécifiquement pour la «grève des blogs.» La RDA, c'est du passé. La R-D-A, c'est du pas-sé !

Le débat

La brochure de Charles Caillet, premier maire adjoint à la communication est pain béni. Je n'ai pas besoin de faire le compte-rendu de cette soirée à laquelle je n'ai pu assister que quelques minutes. La démocratie locale d'Asnières est résumée parfaitement par ce papelard : elle est morte. Le contre-pouvoir citoyen existe et fait bouger (trop) lentement les choses tandis qu'Aeschlimann ne bouge pas. Il ne change pas.

Vous imaginez le Toon déclarer : «J'ai changé. Pardonnez-moi pour tous ces procès, pour la dette, pour l'augmentation de la pression fiscale, pour tous ces dossiers mal ficelés qui vous coûtent si cher. Pardonnez-moi. Promis, j'arrête de faire travailler la Famille, je vais recruter des tronches. Je vais arrêter le cirque des conseils municipaux. Je vais faire un conseil municipal par mois. Je vais arrêter l'augmentation des frais de bouche. Je vais arrêter les grosses voitures avec chauffeur. Je vais me consacrer 100% à ma ville. Je vais rétablir de vrais conseils de quartier. Je vais arrêter les lettres expédiées nominativement pour dénoncer les citoyens qui ne m'aiment pas. Je vais arrêter le communautarisme électoral. Je vais faire revenir la République dans la Ville» ? Moi pas. Il est barré dans sa logique.

Je remercie les membres d'Anticor : ce fut une bouffée d'oxygène pur. Il y a un truc que je voudrais leur dire. Et ça vaut pour Manuel Giscard Aeschlimann d'Estaing, député-maire mis en examen qui veut une invitation comme un roitelet : arrêtez de parler d'opposition. S'il y a une majorité, il y a une minorité, pas une opposition. Le Toon parle d'opposants : son discours est surrané, daté et odieux.

La minorité fait partie des minorités. Le communautarisme électoral du système Aeschlimann, c'est dresser des minorités contre la minorité. Un nonsens. Une ânerie. De plus.

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Giuseppe Pellizza da Volpedo, Il Quarto Stato